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Les Logis de la Baronnie

Le Petit Logis a été inauguré le samedi 15 septembre 2018

S'étaient excusés de ne pouvoir être présent : M. le Préfet, M. le Sous-Préfet, notre Député M. BOUYX, le sénateur M. ALLIZARD (représenté par Cédric NOUVELOT), Mme DORMOY Vice-Présidente Région, M. ROCHAS Conservateur Régional des Monuments Historiques.

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Discours de M. Lefort :

"Monsieur le Représentant de l’ETAT, Mesdames les Sénatrices, Monsieur le Président du Conseil Départemental, Monsieur le Président de Cœur de Nacre, Messieurs les Maires et chers collègues, Mesdames, Messieurs,

C’est évidemment, au nom du Conseil Municipal et de l’ensemble des Douvrais, avec un grand plaisir, un honneur et une certaine émotion que j’inaugure en votre compagnie aujourd’hui le petit logis de la Baronnie presque 6 ans jour pour jour après le Grand logis.

Ce lieu, aujourd’hui classé est un élément participant à l’histoire de notre Normandie aujourd’hui réunifiée, est en partie liée à la famille de Guillaume le Conquérant. Il reste un exemple français rare de l’architecture anglo-normande de cette époque. Son passé est riche et diversifié, principalement propriété du diocèse de BAYEUX, qui l’a lui-même ensuite concédé à d’autres usages, avant qu’il ne devienne une propriété privée puis celle de la commune en 1975. Nous nous devions donc d’imaginer avec l’apport de toutes les compétences nécessaires, un présent et un avenir à la hauteur.

Si nous ne nous étions engagés en 2008 que sur la restauration du Grand Logis, à une époque où ce site était la plupart du temps désert, très peu connu des Douvrais eux-mêmes, il nous est rapidement apparu nécessaire d’y consacrer une réflexion globale, intégrant le petit logis et le parc.

Ce vaste chantier (à l’échelle de la commune) devait permettre une réhabilitation respectueuse de son histoire (même si celle-ci a connu beaucoup d’évolutions architecturales et d’usages), mais aussi tournée vers une utilité optimum, permettant aux familles, aux associations, aux manifestations culturelles de faire vivre ce site, mais aussi de participer au rayonnement de notre commune. Nous avons de ce fait tenu à apporter une attention particulière au parc et à son usage. Il est ainsi devenu un lieu très prisé de promenade, de jeux pour les enfants. Nous avons pu également réaliser des aires de stationnement indispensables, mais intégrés et respectueuses du site. Merci au cabinet GUIMARD et qui nous a parfaitement accompagnés dans cet objectif au travers d’un projet d’aménagement global très réussi.

 

Nous avons pu également travailler avec le cabinet LEFEVRE, architecte en chef des monuments historiques, afin d’aménager, chauffer et rendre accessible ces lieux, sur la base des conclusions d’une étude que nous avions commandité afin de définir ses futurs usages.

C’est dans ce cadre que nous avons décidé d’une extension moderne de ce bâtiment, afin de ne pas pénaliser fortement l’espace originel, tout en permettant un usage privé ou public. Une autre solution aurait condamné tout usage ultérieur.

Nous nous sommes donc attachés à redonner à ces bâtiments, endormis et délaissés depuis de nombreuses années, des destinations permettant qu’un maximum de personnes puisse profiter de ce que l’on peut aujourd’hui considérer comme un merveilleux écrin. Ainsi, au-delà des locations de weekend end pour les familles, de semaine pour les séminaires, ce lieu a vocation à accueillir des réunions, des conférences et des expositions et à participer à la vocation touristique de notre commune.

Nous avons pu mener cet important chantier sans remettre en cause d’autres projets de développement pour notre commune, que sont les nécessaires investissements routiers, d’éclairage public et cyclables, la construction de la Gendarmerie, la dynamisation du centre-ville, et le développement de nouveaux services (comme la crèche mutualisée avec nos amis lutins, les deux Gîtes, les moyens matériels accordés aux associations par exemple,…).

Ce projet nous est toutefois apparu essentiel du fait de son caractère patrimonial mais aussi de sa participation à l’attractivité touristique du territoire, aux côtés du centre aquatique intercommunal, demain du centre culturel, et bien sûr des atouts balnéaires ou rétro littoraux de nos communes de Cœur de Nacre. Douvres, par sa géographie et ses atouts, se situe à l’épicentre du territoire et en symbolise parfaitement la réalité d’une « Campagne sur Mer » que nous allons retenir comme vecteur de communication de l’image de la commune. Nous allons également pouvoir, en lien avec la dynamique équipe de l’OTI mieux mettre en valeur nos chemins du patrimoine.

Ce projet a nécessité de nombreuses réunions, une très importante mobilisation de beaucoup d’acteurs. Il a fait l’objet de nombreuses discussions, hésitations devant certains choix à opérer et que nous ne voulions pas rater.

Nous avons dû, avant tout démarrage des travaux, réaliser un diagnostic archéologique de l’ensemble du site, d’importants travaux de fouilles archéologiques. Elles sont souvent vécues comme une contrainte (notamment financière) mais au final, convaincu que nous avons été par les compétences et l’enthousiasme de François FICHET de CLAIREFONTAINE et par le savoir-faire de Gaël CARRE, elles représentent au final une valeur patrimoniale qu’il nous pourrons mettre en valeur de façon pérenne.

Je tiens à remercier les membres de l’association pour la réhabilitation de la Baronnie, qui a joué un rôle d’aiguillon utile, de mémoire grâce aux talents photographiques de Pierre BENIE, de conseil et de référence grâce à Michel LETELLIER son Président. Elle continue aujourd’hui son œuvre, sous une autre forme, en faisant vivre ce lieu par des visites commentées ou des conférences « les Jeudis de la Baronnie » qui rencontrent un vif succès. Merci à Dominique TOULORGE qui les organise et retient toujours des intervenants de grande qualité.

Le coût global de ce projet s’établit à environ 1 100 000 €, pour le bâtiment et les aménagements extérieurs. Nous avons pu obtenir 840 000 € de subventions : 312 000 € du FNADT, 163 000 € de la DRAC, ce qui porte l’aide de l’ETAT à 475 000 €, 200 000 € de la région Normandie, 80 000 € du Département, 50 000 € de Cœur de Nacre et 35 000 € de réserves parlementaires de Mr LEFRANC et de Mme ATTARD.

Merci à tous pour ces nombreuses et importantes participations qui ont permis la réalisation de ce chantier patrimonial dont j’espère vous apprécierez le résultat et dont vous pouvez éventuellement profiter pour des réunions ou des manifestations, puisque vous y êtes aussi chez vous.

Tous ces chantiers ont mobilisé mes adjoints, tout au long de ces 8 années : Alain BUFFETRILLE, Joël BEDIOT, Jacky BERTRAND. Je n’oublie évidemment pas nos services techniques, qui ont beaucoup œuvré, et au premier rang d’entre eux Nicolas VIDIZZONNI, notre ingénieur responsable des services techniques. Je tiens également à remercier Monsieur TIERCELIN, qui en tant que représentant de la DRAC a été tout au long de ce chantier un interlocuteur à la fois exigeant, vigilant mais aussi toujours ouvert à la discussion.

Merci aux Maîtres d’œuvre et en particulier à Mr FAURE représentant le cabinet d’architecte, Mme DUPORT, l’économiste, Mme GAUTIER et Mr JEAN du cabinet GUIMARD qui ont assuré le suivi et la difficile coordination des travaux. Je remercie évidemment aussi les entreprises, qui ont toutes, au travers de vicissitudes inévitables à la vie d’un chantier, fait preuve d’une grande compétence et ont su montrer les savoir-faire essentiels des professionnels du bâtiment et des Travaux Publics.

Bien sûr, il nous reste à poursuivre la restauration du parc, de la porterie, d’imaginer d’autres usages au Nord de la parcelle et installer un pont franchissant la Douvette dès que celle-ci aura accepté de se retirer.

Ce pont a été construit dans le cadre d’un chantier de jeunes franco allemands, et il viendra symboliser le thème de la réconciliation entre nos peuples, que nous avons déjà manifesté à différentes occasions, notamment dans le cadre de notre Musée du Radar. Celui-ci a permis un jumelage probablement unique avec une très belle commune de Seine Maritime, Saint Jouin Bruneval avec laquelle nous avons su franchir l’estuaire de la Seine pour illustrer tous les potentiels de notre Normandie.

Ainsi, ce site représentera un ensemble de valeurs que notre commune, je l’espère, saura conserver. Un souci constant de préserver le patrimoine, de s’appuyer sur une histoire riche, pour aborder avec ambition et détermination un avenir dynamique, développant la tradition d’accueil, de solidarité et d’ouverture sur les autres qui fondent toute vie en collectivité.

Merci d’avance, enfin, à toutes celles et à tous ceux qui permettront concrètement la poursuite des aménagements prévus, pour faire de ce lieu un outil au service des habitants et de l’attractivité de notre ville de Douvres et de l’intercommunalité Cœur de Nacre. Merci à tous ceux qui le feront découvrir, vivre, pour qu’il trouve de façon pérenne son ancrage dans notre vie quotidienne. Je vous donne notamment rendez-vous à la fête de la Baronnie, bien connue de notre conseiller départemental Cédric Nouvelot, le Samedi 29 septembre prochain. Notre comité des fêtes, comme à son habitude, y a prévu un programme festif et convivial de grande qualité."

 


 

Située au cœur de Douvres, près de l’église Saint Rémi, la Baronnie comprend aujourd’hui dans un espace clos d’environ trois hectares :

  • un grand logis
  • un petit logis
  • les vestiges d’une chapelle des XIIe - XIIIe siècles
  • une porterie du XVe siècle
  • des dépendances plus récentes (écurie et fermette)

Tous ces éléments, hormis les dépendances, sont classés monuments historiques depuis 1995.

C’est là aussi que se trouve dans une dépression que l’on appelle ‟ la cuve ˮ la source de la Douvette, le cours d’eau qui après avoir traversé Douvres se jette en mer à Luc.

Un peu d’histoire...

Le manoir épiscopal de Douvres, appelé aujourd’hui «  La Baronnie », est, au Moyen Age, le cœur d’un vaste ensemble de fiefs composant la Baronnie de Douvres, l’une des sept baronnies tenues par l’évêché de Bayeux. C’est également le centre d’un domaine agricole et une résidence de campagne des évêques de Bayeux, barons de Douvres.

Constitué progressivement à partir du XIe siècle notamment grâce aux donations de Sansom, futur évêque de Worcester et de son fils Richard, évêque de Bayeux de 1107 à 1133, le domaine douvrais est complété par des acquisitions ultérieures. La construction des bâtiments débute, vraisemblablement, à la fin du XIIe siècle. Le grand logis date pour l’essentiel des XIIIe et XIVe siècle. Il sera remanié au XVIIe siècle. La qualité architecturale de l’ensemble témoigne de l’intérêt porté par les évêques de Bayeux à cette résidence. Confisqué à la Révolution, le domaine est vendu et les bâtiments, utilisés à des fins agricoles, se dégradent.

Le cadastre de 1811 atteste d’un domaine qui s’étendait alors jusqu’à l’église Saint Rémi sur environ 5.5 hectares ; il est amputé de près de la moitié par la ligne de chemin de fer Caen-Courseulles construite vers 1875.

En juin 1944, «  la Baronnie » sert de dispensaire puis, dans les années 1960-1970, sous l’impulsion d’Agnès Aignan, usufruitière du domaine, elle est un lieu actif de manifestations culturelles. En 1975, la ville de Douvres achète la nue-propriété du domaine, et en 1986, à la mort d’Agnès Aignan, enterrée dans le ‟ jardin bleuˮ proche du grand logis, la Baronnie devient propriété communale.

...et d’archéologie

Le site de la baronnie a fait l’objet de plusieurs études : tout d’abord de recherches par Edward Impey, archéologue britannique, en 1993 dans le cadre d’un « rapport de prospection thématique sur l’architecture seigneuriale en Basse Normandie (1050-1350) puis de fouilles et d’analyse du bâti effectuées par Oxford Archéologie avant la restauration des logis et enfin d’un diagnostic de l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives avant aménagement des espaces.

Ces études ont mis en évidence une occupation du site dès les VIIIe –IXe siècles et la présence de bâtiments aujourd’hui disparus. Elles ont permis une approche non encore confirmée de l’évolution du site au cours des siècles.

Les éléments les plus anciens du bâti ont été identifiés sur le petit logis, ils remontent à la seconde moitié du XIIe siècle. Le petit logis, bâtiment résidentiel, a subi de nombreuses transformations par la suite.

Le grand logis édifié pour partie au XIIIe siècle pour servir de résidence a été agrandi au XIVe après disparition de l’aula extérieure, la grande salle de réception qui y était accolée. Il a été transformé au XVIIe par la création d’une porte d’entrée, d’un escalier à double volée et la modification des niveaux des salles. Sa restauration entreprise en 2009 à l’initiative de la municipalité de Douvres et sous la direction des Monuments historiques, s’est achevée début 2012 ; elle restitue ce qu’était la Baronnie du temps des évêques : une grande salle majestueuse du XIIIe à l’étage et deux salles et un magnifique cellier vouté du XIVe siècle.